Travis Murao: une inspiration?

Quand vous êtes un joueur de rugby en fauteuil roulant, surtout au niveau international, il est très probable qu’à un moment ou à un autre, quelqu’un dira que vous êtes une inspiration pour lui.

Instinctivement, vous espérez qu’il vous considère une inspiration à cause de votre dévouement envers votre sport et votre entraînement, ou encore en raison des obstacles que vous avez surmontés dans votre vie. Cependant, la plupart du temps, les gens pensent que vous êtes inspirants essentiellement parce que vous avez un handicap et que vous pratiquez un sport. Est-ce que les autres athlètes olympiques vous inspirent juste parce qu’ils se sont levés le matin?

Ne vous méprenez pas, je pense que c’est très agréable de recevoir des compliments, et je sais bien que les gens essaient seulement d’être gentils. Mais ne faites pas de nous une «histoire bonbon» pour que les gens se sentent mieux, en parlant de personnes ayant un handicap qui se contentent de vivre leur vie. Cela est arrivé bien des fois, et nous avons tellement plus en nous! Nous ne sommes plus des sujets pour que les biens pensants se sentent mieux. Notre sport est un des plus rapides, des plus rudes, et des plus brutaux qui soient.

Je sais bien que notre sport ne figure pas parmi les plus populaires du monde, et qu’à ce titre nous ne bénéficions pas d’une grosse couverture médiatique. Je comprends aussi que quand on demande à un journaliste d’écrire un article sur nous, il est beaucoup plus facile pour lui de suivre la ligne cent fois ressassée «regardez ces gars, ils pratiquent un sport, est-ce qu’il ne sont pas une inspiration pour nous tous?» Mais selon moi, s’il adopte cette ligne, le journaliste passe à côté d’un sacré bon article!

Eh oui, notre handicap représente une grande partie de qui nous sommes comme personne, mais ce n’est pas la fin de l’histoire, c’est seulement son commencement. C’est vrai, les athlètes qui pratiquent notre sport ont du surmonter d’énormes obstacles dans leur vie, mais pourquoi ne pas se pencher maintenant sur ce qui les a affectés en tant qu’athlètes? Quand nous disputons un match international, nous savons que nos adversaires sont passés par les mêmes difficultés que nous, et qu’eux aussi, ils les ont surmontées. En rugby en fauteuil roulant, il n’y a pas de lâcheurs, il n’y a pas de «prima donnas», pas de faux blessés, et pas non plus de pleurnicheurs ou d’athlètes qui prennent une nuit de repos.

Alors, la prochaine fois que vous regarderez un match de rugby en fauteuil roulant, ne soyez pas inspirés parce que nous avons un handicap. Mais soyez inspirés par l’intensité et la férocité avec lesquelles nous combattons, et par la pureté de notre désir de remporter la victoire pour notre pays.

Bien sûr que je suis une inspiration pour les autres! Je suis un gars de 5’8” et 125 livres qui pratique un sport de contact et affronte des colosses qui font deux fois ma taille! Je ne suis ni particulièrement rapide, ni particulièrement fort, mais je peux jouer à ce niveau parce que je suis un peu plus rusé et que je travaille un peu plus fort que les autres. Alors ignorez mon fauteuil, et regardez-moi tout simplement comme l’athlète que je suis!